Identification
Nom scientifique :
Eciton hamatum
Appellation usuelle :
Fourmi légionnaire

Classification
Classe : Insecta
Ordre : Hymenoptera
Famille : Formicidae
Sous-famille : Ecitoninae
Genre : Eciton
Espèce : hamatum


 

Habitat
Les130 espèces de fourmis légionnaires du genre Eciton habitent les forêts tropicales humides d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud (du Mexique jusqu'au nord de l'Argentine). Certaines espèces d'Eciton se retrouvent également dans les îles les plus grandes de l'archipel indonésien.

Portrait
Le Jaguar est l'un des plus impressionnants prédateurs des forêts d'Amérique du Sud. Il en existe un autre, encore plus implacable : une colonie de fourmis légionnaires. Rien ne peut arrêter une horde de ces féroces insectes. On dirait un étrange animal composite qui ratisse le sol de la forêt de ses tentacules formées de milliers de fourmis armées de dards et de mandibules.
 
La meilleure façon de découvrir des fourmis légionnaires est de tendre l'oreille pour repérer les cris des oiseaux qui les suivent et se gavent des insectes que les Eciton font lever.
 
À mesure que l'on approche, on entend le bourdonnement des insectes qui s'envolent, les crépitements de ceux qui bondissent et frappent les feuilles, le frémissement des milliers de fourmis sur le sol. Finalement, on aperçoit les insectes. Si les fourmis sont foncées et se déplacent en colonne, il s'agit probablement de l'espèce Eciton hamatum. Des fourmis plus pâles à tête jaune et attaquant sur un large front indiquent qu'on a affaire à un raid d'Eciton burchelli.
 
Peu importe l'espèce, toutes les petites créatures qui n'ont pas le réflexe de fuir seront taillées en pièces. Criquets, sauterelles, blattes, coléoptères et millipèdes passent à la moulinette.
 
Même les nids de guêpes et d'autres espèces de fourmis sont attaqués et vidés de leurs larves et pupes. Les Eciton viennent à bout de grandes araignées comme les mygales et même de prédateurs comme les scorpions. Les cousines africaines des Eciton, les Dorylus, sont encore plus féroces, tuant des vertébrés comme des grenouilles, des serpents et même de pauvres chiens attachés !
 
Les Eciton se meuvent comme les hordes de Gengis Khan. Elles n'ont pas de domicile fixe. La colonie se déplace une vingtaine de jours, établit un nid temporaire (un bivouac), y reste 17 jours et repart. Ce cycle sédentaire/migratoire se répète inlassablement et est lié aux activités de reproduction de la reine.
 
Pour établir un bivouac, les fourmis choisissent une cavité naturelle sous un vieux tronc ou entre les racines d'un arbre. Les ouvrières s'accrochent les unes aux autres et finissent par former une véritable masse vivante au centre de laquelle se cache la reine.
 
La reine peut alors se mettre à pondre en toute sécurité. Au milieu de la période sédentaire, elle pond en quelques jours de 100 000 à 300 000 oeufs qui, trois semaines plus tard, donneront naissance à des larves, puis à de jeunes fourmis adultes.
 
L'arrivée de toutes ces nouvelles recrues est le signal que la colonie doit déclencher une nouvelle razzia. Les ouvrières tombent par grappes de la masse du bivouac et les fourmis se dispersent fébrilement dans toutes les directions. Bientôt, une colonne se forme et le reste de la troupe suit, capturant toutes les proies sur son passage. Avec ces nouvelles bouches à nourrir, on comprend pourquoi les Eciton ne font pas de quartier !
 
Comme toutes les espèces de fourmis, les Eciton ne vivent que par et pour le groupe. Dans le cas des fourmis légionnaires, cette caractéristique est encore plus forte. Les individus ne peuvent simplement pas survivre hors de la colonie. Pire, chaque fourmi est programmée pour revenir instinctivement à l'intérieur de la colonne si jamais elle déborde des rangs. Si on capture une centaine de fourmis légionnaires et qu'on les déverse sur une table, elles tourneront en rond sans arrêt jusqu'à la mort, tentant désespérément de revenir à l'intérieur de la colonne. C'est ce qui s'appelle suivre les ordres jusqu'au bout.

Au Panama, sur la petite île de Barro Colorado (17 km2), on a recensé plus de 50 colonies d'Eciton et au moins 10 espèces « d'oiseaux des fourmis », membres de la famille des Formicariidae, se nourrissant exclusivement en suivant les raids des fourmis.
 

Seul l'insecte-bâton déjoue parfois les enragées. En demeurant parfaitement immobile et en émettant une substance chimique repoussante, il survit quelquefois au passage des Eciton.
 

Selon l'explorateur Paul Du Chaillu, au siècle dernier, dans certaines régions d'Afrique, une forme d'exécution particulièrement cruelle consistait à faire dévorer les criminels par des fourmis légionnaires.
 

Un bivouac de fourmis légionnaires peut contenir de 150 000 à 700 000 insectes !